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Emilie Tardieu et Yousra Hamrouni se sont rendues à la quatrième édition de ML4EO, une conférence annuelle qui réunit la communauté travaillant sur l'intelligence artificielle (IA) appliquée à l'observation de la Terre : chercheurs, secteur public, industrie, organisée par l'université d'Exeter en Angleterre du 14 au 16 juin 2026. Emilie Tardieu y a présenté ses travaux de thèse le mercredi 24 juin, lors d'un exposé intitulé « Old-growth forests detection using multimodal deep learning from remote sensing data », dans lequel elle décrit l'approche développée pour détecter les vieilles forêts en combinant plusieurs sources de données par apprentissage profond. 

Trois jours denses entre ateliers, conférences invitées et sessions de présentations et posters. Deux interventions ont marquée en particulier nos collègues : celle d'Emily Lines (Cambridge) sur ce que l'IA apporte, et n'apporte pas encore, à l'écologie forestière, et celle de Jakub Nowosad sur la validation des modèles en apprentissage spatial. Ce dernier sujet est revenu fréquemment pendant les trois jours.


Le matin elles ont participé à des workshop, en particulier sur les modèles de fondation en géospatial, Tessera et TerraMind notamment. Ce sont des modèles entraînés sur d'énormes quantités de données, qu'on peut ensuite réutiliser pour différentes tâches sans repartir de zéro. Ils occupaient une bonne place dans le programme, avec plusieurs présentations sur leur évaluation et leur généralisation à d'autres usages : cartographie des sols, détection de cicatrices d'incendies, suivi de la biomasse.

La conférence s'est terminée sur une discussion autour de la reproductibilité en machine learning pour l'observation de la Terre, un sujet important dans le domaine et qui a bien clôturé ces trois jours.

Laurent Larrieu est co-auteur d'un nouvel article étudiant les dépérissements d’arbres dans des forêts avec des coupes sanitaires et les effets en cascade sur la diversité des coléoptères saproxyliques » publié dans la revue Journal of Applied Ecology dans le cadre de la valorisation des résultats obtenus sur le projet de recherche CLIMTREE (ANR-15-MASC-002-01).


Cours J., Sallé, A., Larrieu L., Lopez-Vaamonde C., Müller J., Parmain G., Thorn S., Roques A., Bouget C. (2026). From forest stand decline to salvage logging: Cascading impacts on saproxylic beetle diversity. Journal of Applied Ecology ; DOI: 10.1111/1365-2664.70483

Abstract:

1. Understanding the cascading effects of stand decline on saproxylic communities, via the induced changes in deadwood and tree-related microhabitats (TreMs), is fundamental for optimizing the management of disturbed forests. We postulated that these cascading effects would vary along decline gradients—from stand decline (proportion of declining trees) to mortality (proportion of dead trees) and subsequent salvage logging—mediated by the shifts in habitat conditions.

2. This study was conducted across three representative European forest contexts: fir forests in the Pyrenees and oak forests in the Loire Valley affected by drought disturbance, and Norway spruce forests in Bavaria affected by windstorm and bark beetle outbreak. We assessed how the taxonomic and functional α-diversity of saproxylic beetles responded to variations in the diversity and density of deadwood and TreMs, using structural equation modelling.

3. Our analysis confirmed an overall positive influence of decline processes on saproxylic beetles in conifer-dominated forests. TreM and deadwood diversity played a central role in structuring saproxylic beetle communities in stand decline contexts. The increase in TreM heterogeneity associated with stand decline or mortality enhanced saproxylic abundances, with exposed wood and trunk injuries, and deadwood-associated TreMs identified as particularly influential. Snags and large deadwood elements, especially in spruce forests, and deadwood diversity

further contributed to sustaining high levels of beetle abundance.

4. Conversely, salvage logging exerted detrimental effects, especially on the saproxylophagous guild, primarily through reductions in TreM heterogeneity, and the depletion of deadwood-associated and exposed wood and trunk injury types of TreMs.

5. Given the pronounced context dependency of the processes driving these cascading community dynamics, and considering the increasing frequency, severity and spatial extent of forest disturbances and global stand decline, it is imperative to integrate this complexity into management and conservation frameworks. Addressing these mechanisms with greater precision will be critical for maintaining biodiversity within rapidly changing forest ecosystems.


Résumé:


L’idée: Pour poursuivre l’étude des effets des dépérissements d’arbres dans les forêts de plaine et de montagne sur les communautés d’insectes, nous avons voulu cette fois comprendre les effets en cascade de ces dépérissements sur les coléoptères saproxyliques, via les modifications de la quantité et diversité des ressources constituées par le bois mort et les dendromicrohabitats (dmh). L’hypothèse était que ces effets en cascade varient suivant un gradient de proportion d’arbres dépérissants ou morts, mais aussi un gradient d’intensité des coupes « sanitaires ». 


Une diversité de contextes forestiers et une approche statistique par SEM: L’étude incluait 3 types de forêts très courants en Europe : la sapinière montagnarde (Pyrénées), la chênaie de plaine (vallée de la Loire) et la pessière subalpine (Bavière). Nous avons cherché à évaluer comment la diversité taxonomique locale (richesse en espèces et abondance globale et par guilde) et la diversité fonctionnelle des coléoptères saproxyliques réagit aux variations de la diversité et de la densité du bois mort et des dmh induits par les dépérissements et les coupes sanitaires.


Les principaux résultats: On note une influence globalement positive des processus de dépérissement sur les coléoptères saproxyliques dans les forêts dominées par les conifères. La diversité des dmh et du bois mort jouent un rôle clé dans la structuration des communautés de coléoptères saproxyliques dans un contexte de dépérissement. À l’inverse, les coupes « sanitaires » ont des effets néfastes, en particulier sur la guilde des saproxylophages, principalement en raison de la réduction de l’hétérogénéité des dmh et de la diminution de plusieurs formes de dmh. Elles favorisent néanmoins les espèces floricoles.


Quelques recommandations pratiques:

  • Compte tenu de la forte dépendance contextuelle des processus qui régissent ces dynamiques communautaires en cascade, et compte tenu de la fréquence, de la gravité et de l’étendue spatiale croissantes des perturbations en forêt et des phénomènes de dépérissement constatés à travers le Monde, il est impératif d’intégrer cette complexité dans les cadres de gestion et de conservation.

  • Conserver des parcelles forestières présentant de forts taux de dépérissement car elles constituent des refuges temporaires pour la biodiversité, notamment pour les coléoptères saproxyliques. Au minimum, conserver, lors des coupes « sanitaires », des très gros arbres riches en dmh pour offrir des « radeaux de sauvetage », essentiels aux coléoptères saproxyliques et contribuer ainsi à préserver la biodiversité.



Par Paul Bannwart (post-doctorant, UMR Dynafor)

 

Mobiliser le contrôle biologique des bioagresseurs nécessite de comprendre le fonctionnement des communautés d’ennemis naturels au sein d’espaces agricoles hétérogènes et dynamiques. Les connaissances actuelles sur ces fonctionnements demeurent pourtant partielles, même pour des groupes de prédateurs abondants comme les carabes et les araignées. Une méta-analyse précédemment publiée a démontré que les parcelles cultivées sont des lieux d’hivernation aussi important que les habitats semi-naturels pour les carabes, mais sont plus délétères pour les araignées. Toutefois ces connaissances sont principalement acquises dans des cultures conduites avec pesticides et travail du sol, et peu de ces études quantifient la redistribution des individus une fois sortis d'hivernation (mais où vont-ils?). Afin de répondre à ce manque de connaissance, une expérimentation au champ a été menée afin d'étudier le rôle relatif des habitats semi-naturels à des cultures conduites sans pesticides (et avec ou sans travail du sol profond et fréquent) à la fois sur l'hivernation et sur la redistribution (spillover) des populations de carabes et d'araignées.


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