Axelle Tortosa, Aude Vialatte et Fabien Laroche ont publié avec des collègues d'INRAE Bordeaux et un collègue allemand un nouvel article dans la revue Ecological Applications. Ils ont étudié l'influence du contexte paysager et des pratiques agricoles sur le contrôle biologique de Lobesia botrana, l'un des principaux insectes ravageurs de la vigne. Ils se sont concentrés sur deux mesures complémentaires : les taux de prédation, qui reflètent une partie du potentiel de contrôle biologique, et les dommages aux plantes, qui reflètent la densité du ravageur et l'infestation associée.
Tortosa, Axelle, Aude Vialatte, Fabien Laroche, Adrien Rusch, Martin H. Entling, and Brice Giffard. 2025. “ Landscape Heterogeneity and Pesticide Reduction Favor Predation, but Also Grape Infestation by Lobesia Botrana.” Ecological Applications 35(4): e70045. https://doi.org/10.1002/eap.70045

Abstract: Biological pest control is a major ecosystem service and is known to depend on landscape heterogeneity. The composition and configuration of landscapes can affect natural enemy communities, trophic interactions, and pest density within agroecosystems. However, local agricultural management can interfere with natural enemy activity, so the positive effects of landscape heterogeneity may be disrupted by farming practices. Here, we studied the influence of landscape context and management options on the biological control of Lobesia botrana, one of the main insect pests of grapes. We focused on two complementary measures: predation rates, which reflect part of biological control potential, and plant damage, which reflects pest density and the associated infestation. We used a set of sentinel prey (eggs, caterpillars, pupae) to quantify predation rates across different developmental stages of the pest. The study was carried out in a landscape-scale experimental set-up consisting of 38 vineyards in Southwestern France. Using structural equation models, we show that predation rates on sentinel prey were affected by both landscape heterogeneity and local management practices. Higher pest predation rates were observed in landscapes with smaller vineyards and in vineyards with low applications of synthetic pesticides. We observed limited relationships between predation rates and grape infestation levels. However, our results suggest that predation rates at the pest pupae stage are significantly shaping infestation levels. Additionally, pest damage in spring and summer was primarily influenced by the intensity of local pesticide use and the grass cover in the field and exacerbated by the decreasing size of vineyards, while semi-natural habitats had no effect on pest damage. We conclude that links between L. botrana infestation and biological control potential appear tenuous in our study region. This is likely due to the high local management intensity, as evidenced by the negative association observed between pesticide applications and predation rates. Nevertheless, both predation and infestation respond to landscape or field heterogeneity and pesticide use. Reducing the use of pesticides should be combined with multi-scale diversification measures at field and landscape levels to amplify the predation potential.
Résumé :
Le contrôle biologique des ravageurs est un service écosystémique majeur dont on sait qu’il est influencé par l'hétérogénéité du paysage. La composition et la configuration des paysages peuvent affecter les communautés d'ennemis naturels, les interactions trophiques et la densité des ravageurs dans les agroécosystèmes. Cependant, les pratiques agricoles locales peuvent interférer avec l'activité des ennemis naturels, et contrebalancer les effets positifs de l'hétérogénéité du paysage. Nous avons étudié l'influence du contexte paysager et des pratiques agricoles sur le contrôle biologique de Lobesia botrana, l'un des principaux insectes ravageurs de la vigne. Nous nous sommes concentrés sur deux mesures complémentaires : les taux de prédation, qui reflètent une partie du potentiel de contrôle biologique, et les dommages aux plantes, qui reflètent la densité du ravageur et l'infestation associée. Nous avons utilisé un ensemble de proies sentinelles (œufs, chenilles, chrysalides) pour quantifier les taux de prédation à différents stades de développement du ravageur. L'étude a été réalisée dans un dispositif expérimental à l'échelle du paysage composé de 38 vignobles dans le sud-ouest de la France. En utilisant des modèles d'équations structurelles, nous montrons que les taux de prédation sur les proies sentinelles sont affectés à la fois par l'hétérogénéité du paysage et par les pratiques de gestion locales. Des taux de prédation des ravageurs plus élevés ont été observés dans les paysages avec des vignobles plus petits et dans les vignobles avec peu d'applications de pesticides synthétiques. Nous avons observé des relations limitées entre les taux de prédation et les niveaux d'infestation des baies de raisin. Cependant, nos résultats suggèrent que les taux de prédation au stade chrysalide du ravageur influencent de manière significative les niveaux d'infestation. En outre, les dommages causés par les ravageurs au printemps et en été étaient principalement influencés par l'intensité de l'utilisation locale de pesticides et la couverture végétale dans les champs, et exacerbés par la diminution de la taille des vignobles, tandis que les habitats semi-naturels n'avaient aucun effet sur les dommages causés par les ravageurs. Nous concluons que les liens entre l'infestation de L. botrana et le potentiel de contrôle biologique semblent ténus dans notre région d'étude. Ceci est probablement dû à la forte intensité de la gestion locale, comme le montre l'association négative observée entre les applications de pesticides et les taux de prédation. Néanmoins, la prédation et l'infestation réagissent toutes deux à l'hétérogénéité du paysage ou de la parcelle de vignes et à l'utilisation de pesticides. La réduction de l'utilisation des pesticides devrait être associée à des mesures de diversification à plusieurs échelles au niveau des parcelles et des paysages afin d'amplifier le potentiel de prédation.
Dernière mise à jour : 27 juin 2025
Aude Vialatte est co-auteure d'une nouvelle étude publiée dans la revue Journal of Animal Ecology, sur l'analyse conjointe de l’influence du paysage, des pratiques agricoles et du fonctionnement des communautés sur la stabilité temporelle de la biomasse des carabes dans 57 parcelles agricoles. Pour cela, les auteurs ont mobilisé les données de suivi du réseau SEBIOPAG d’INRAE qu'ils animent collectivement et auquel le laboratoire Dynafor appartient.
Les carabes, appelés maintenant carabidés, sont des coléoptères qui assurent des fonctions écologiques importantes dans les parcelles agricoles, notamment le contrôle biologique des insectes ravageurs, gastéropodes ou adventices, en consommant leurs œufs, larves et graines. Un enjeu pour la production agricole est que ce service de prédation soit stable et efficace d’une année à l’autre. Un indicateur de cette stabilité peut être la biomasse en carabes. Les résultats montrent que la diversification de la phénologie des cultures (cultures d’hiver, de printemps et d’été) et davantage d’habitats naturels dans les paysages agricoles sont les moyens les plus efficaces pour soutenir la stabilité de la biomasse des carabes. Diversifier les cultures et maintenir et réimplanter des habitats naturels dans les paysages agricoles est donc, une nouvelle fois, recommandé pour soutenir la régulation naturelle des bioagresseurs des cultures.
Muneret, L., Alignier, A., Ricci, B., Dosset, A., Allart, R., Ducourtieux, C., Laurent, E., Aviron, S., Vialatte, A., & Petit, S. (2025). Reduced temporal turnover in carabid communities enhances biomass stability in agricultural landscapes. Journal of Animal Ecology. https://doi.org/10.1111/1365-2656.70063

Abstract:
While the temporal stability of plant communities has been well investigated, almost nothing is known about the inter-annual stability of arthropod communities, especially those inhabiting highly disturbed habitats such as croplands. We investigated the effects of landscape, management and community drivers on the temporal carabid biomass stability and its mean in agricultural landscapes.
The dataset was composed of carabids collected in 57 arable agroecosystems from three areas in France excluding pastures and managed under organic, conservation or conventional farming. Data also included local- and landscape-level management descriptors.
Through a piecewise structural equation modelling approach, we tested the effects of landscape- and field-level management intensity and variability, richness and compositional carabid community metrics such as mean α-richness, standard deviation α-richness, β-diversity and asynchrony on carabid biomass stability and mean value.
The temporal stability of the carabid biomass increased as temporal β-diversity of the carabid community decreased and asynchrony among species increased. Furthermore, β-diversity decreased and asynchrony increased with the community's mean α-richness. At the landscape level, diversifying crop phenology and reducing the proportion of cropland appear to be the most efficient way to support carabid biomass stability.
The effect of α-richness on carabid biomass stability tends to be modulated by species composition. However, this study underscores the need to investigate the relative effects of temporal β-diversity and asynchrony on the stabilisation of ecosystem functioning in real ecosystems, as the reasons for their lack of covariance and similar effects remain unclear.
Résumé:
1. Bien que la stabilité temporelle des communautés végétales ait été bien étudiée, des trous de connaissances existent sur la stabilité interannuelle des communautés d'arthropodes, particulièrement en milieux cultivés. Nous avons étudié les effets des facteurs liés au paysage, à la gestion agricole et aux richesse et composition de la communauté de carabes sur la stabilité temporelle de la biomasse des carabes et sa moyenne dans les paysages agricoles.
2. Le jeu de données était composé de carabes collectés dans 57 agroécosystèmes arables de trois régions de France, à l'exclusion des pâturages, et gérés selon des pratiques biologiques, de conservation ou conventionnelles. Les données incluaient également des descripteurs de gestion agricole au niveau local et du paysage.
3. Grâce à une approche de modélisation par équations structurelles par morceaux, nous avons testé les effets de l'intensité et de la variabilité de la gestion agricole au niveau du paysage et des champs, de la richesse, et des métriques de composition de la communauté de carabes telles que la richesse α moyenne, l'écart-type de la richesse α, la β-diversité et l'asynchronie sur la stabilité et la moyenne de la biomasse des carabes.
4. La stabilité temporelle de la biomasse des carabes a augmenté à mesure que la β-diversité temporelle de la communauté de carabes diminuait et que l'asynchronie entre les espèces augmentait. De plus, la β-diversité a diminué et l'asynchronie a augmenté avec la richesse α moyenne de la communauté. Au niveau du paysage, la diversification de la phénologie des cultures et la réduction de la proportion de terres cultivées semblent être les moyens les plus efficaces pour soutenir la stabilité de la biomasse des carabes.
5. L'effet de la richesse α sur la stabilité de la biomasse des carabes tend à être modulé par la composition des espèces. Cependant, cette étude souligne la nécessité d'étudier les effets relatifs de la β-diversité temporelle et de l'asynchronie sur la stabilisation du fonctionnement des écosystèmes dans des écosystèmes réels, car les raisons de leur manque de covariance et d'effets similaires restent floues.
Aude Vialatte a participé à un webinaire "Pas d'interdiction sans solution !" à destination des journalistes organisé par l'association Expertises Climat, à propos des pesticides le 23/05/25. Le webinaire de 40 minutes traitait du sujet des alternatives pour les agriculteurs face à l'interdiction des pesticides et était animé par Agathe Lanté, responsable programme Agriculture & alimentation d'Expertises Climat. Le second intervenant était Alexis Aulagnier (Centre Émile Durkheim - Sciences Po Bordeaux).
L'argument est central aujourd'hui dans la communication des acteurs agricoles et économiques qui sont opposés au retrait de substances et à la réduction du recours aux pesticides. Un argument d'immobilisme?
Quelles sont les alternatives pour les agriculteurs ?
Dans cette vidéo, nous expliquons avec Alexis Aulagnier que les alternatives existent, et sont reconnues efficaces et offrant de multiples bénéfices pour les agriculteurs et la société. Mais les difficultés résident dans leur déploiement par l'action publique du fait du verrouillage systémique des filières agro-alimentaires autour de l'usage des pesticides. Nous indiquons pourquoi cibler les agriculteurs pour le changement conduit à l'échec, à la colère et à une légitime inquiétude pour eux aujourd'hui. La prise en compte des bénéfices économiques des alternatives, tout comme la prise en compte des coûts économiques des pesticides pour le contribuable, par exemple via la santé humaine ou le traitement des eaux, ouvre des possibilités de débats différents, sur les choix que notre société peut et souhaite engager de façon éclairée.


















