Début mai 2025 s’est tenue la campagne annuelle du recensement des oiseaux du canton d’Aurignac au sud-ouest de Toulouse, un des sites d’étude à long-terme de Dynafor. Ce suivi de 100 points d’écoute s’est déroulé pour la 14ème année consécutive, avec pour objectif de suivre les variations interannuelles des populations des oiseaux nicheurs dans ces paysages agriforestiers. Ce suivi vient en complément du suivi historique de 780 points d’écoute qui a lieu tous les 10 ans depuis 1981. L’équipe de joyeux.ses ornithologues était constituée cette année de Gérard Balent, François Calatayud, Anne-Sophie Lafuite, Laurent Raison, Clélia Sirami et Flora Versteels.

Laurent Larrieu est co-auteur d'un nouvel article, publié dans la revue Scandinavian Journal of Forest Research, sur les assemblages de dendromicrohabitats (dmh) dans les forêts boréales qui dépendent davantage des conditions environnementales locales et des essences que de la grosseur des arbres. Il s'agissait (i) d’identifier les facteurs influençant la présence des dendromicrohabitats dans le contexte des forêts boréales (ii) évaluer la redondance et la complémentarité de l'offre en dmh du pin sylvestre, du bouleau et du tremble en Fennoscandie, (iii) comparer la présence des dmh en Fennoscandie et dans les forêts boréales canadiennes, et (iv) déterminer la taille minimale de l'échantillon d’arbres à observer nécessaire pour correctement évaluer la diversité des dmh dans les inventaires à grande échelle. les principaux résultats sont:
• Le pin sylvestre, le bouleau et le tremble portent des assemblages de dmh distincts et complémentaires, ce qui souligne l'importance des peuplements mixtes pour la biodiversité.
• A large échelle spatiale, le contexte local de la parcelle (y compris le climat, l'historique des perturbations et les facteurs biotiques/abiotiques) est le principal facteur d'occurrence des dmh.
• Contrairement aux forêts tempérées, le diamètre des arbres n'est pas un facteur significatif dans les forêts boréales.
• La variabilité des assemblages de dmh dans le boréal souligne la nécessité de disposer d'échantillons de grande taille pour évaluer avec précision la diversité des dmh. Ainsi, l'échantillonnage de 1000 arbres est suffisant pour évaluer les sept formes de dmh, alors qu'un plus grand échantillon est nécessaire pour capturer les quinze groupes de dmh
Bütler, R., Larrieu, L., & Martin, M. (2025). Tree-related microhabitat assemblages in boreal forests depend more on local environmental conditions and tree species than on tree size. Scandinavian Journal of Forest Research, 1–11. https://doi.org/10.1080/02827581.2025.24973642025

Abstract:
Tree-related microhabitats (TreMs) are crucial for biodiversity, supporting thousands of species. Most TreM research has focused on temperate forests, prompting us to evaluate the TreM typology in the boreal biome. We aimed to: (i) identify factors influencing TreM occurrence on living trees, (ii) assess redundancy and complementarity of TreM supply among Scots pine, birch, and aspen in Fennoscandia, (iii) compare TreM occurrence between Fennoscandian and Canadian boreal forests, and (iv) determine the minimum sample size for assessing TreM diversity in large-scale inventories. We inventoried 1515 trees in long unmanaged forests across Fennoscandia and compared results
with a Canadian dataset. Findings show that Scots pine, birch, and aspen support distinct and complementary TreM assemblages, emphasizing the importance of mixed stands for biodiversity. Over larger geographic areas, local plot context – including climate, disturbance history, and biotic/abiotic factors – was the main driver of TreM occurrence. Unlike temperate forests, tree diameter was not a significant driver in boreal forests. The variability of TreM assemblages within the boreal biome underscores the need for large sample sizes to accurately assess TreM diversity. Sampling 1000 trees is sufficient to assess the seven TreM forms, while a larger sample is required to capture all fifteen TreM groups.

Les rencontres d’écologie des paysages organisées à Strasbourg à l’initiative d’Aude Zingraff-Hamed se sont déroulées du 9 au 11 avril dans les superbes locaux de l’ENGESS au centre de Strasbourg.
Les interventions ont été de qualité, avec 5 orateurs et oratrices invitées, la participation de plusieurs collègues européens, et notamment de IALE Europe, 3 ateliers très dynamiques, une soirée splendide avec le film « la rivière invisible » de Serge Dumont, une exposition de superbes photo et un temps d’échange passionnant en table ronde avec des acteurs de la restauration de la biodiversité.
Ce moment important de la vie de la communauté scientifique intéressée par l’écologie des paysages a été une belle occasion d’échanges et de discussions. Chacun et chacune a néanmoins regretté que ces rencontres n’aient pas rencontré plus de succès et attiré plus de monde. L’absence d’une partie significative des incrit·es pose particulièrement question.
Lors de l’assemblée générale du Chapitre IALE-France qui s’est tenue le 10 avril, cette question a été discutée et des pistes ont été proposées. De nouvelles modalités de rencontres verront peut-être le jour dans les années à venir, avec, espérons le, une participation encore plus nombreuses!
Léo Mouillard-Lample et Marc Deconchat de Dynafor étaient présents et ils ont présenté des résultats de leurs travaux.
The emergence of commons: a serious-game to study the emergence of common-good perceptions and collective action to share floral resources among bees and beekeepers
Léo Mouillard-Lample, Axel Decourtye, Christophe Le Page, et Cécile Barnaud
Si l’étude des communs a donné lieu à de nombreuses publications dans la littérature, l’émergence d’action collective suscitée par la perception nouvelle d’une ressource auparavant perçue comme illimitée en tant que bien commun reste peu explorée. La mise en évidence de compétition entre abeilles et la concurrence entre apiculteur.rices font émerger de nouveaux débats sur le partage des ressources florales sur les territoires. Nous étudions ces changements en accompagnant ces discussions sur l’émergence de nouvelles formes d’organisation collective à travers une méthodologie de jeu sérieux. Nous présentons ici le résultat de 6 sessions de jeu à travers la France.

Rôles et gestions de haies et des lisières dans les paysages ruraux
Marc Deconchat, Catherine Bonnet, Amandine Durpoix, Anne Farruggia, Claudine Thenail
Les espaces arborés dans les paysages ruraux constituent des infrastructures écologiques importantes, notamment par leurs liens avec différents aspects des activités agricoles et d’élevage. Les haies sont plus particulièrement reconnues en tant que composantes agroforestières pouvant jouer des rôles déterminants dans les transitions agroécologiques. D’autres formations arborées linéaires, et notamment les lisières entre les bois et les zones agricoles, ont été bien moins considérées alors qu’elles présentent des similarités avec les haies. A partir d’une analyse systémique et d’enquêtes de terrain, la présentation mettra en évidence les points communs et les différences entre les haies et les lisières en tant qu’infrastructures écologiques arborées linéaires des paysages ruraux, ainsi que la diversité des pratiques de gestion qui les façonnent et déterminent leurs dynamiques respectives. Les résultats montrent que les origines et structures végétales des haies et des lisières sont différentes et résultent de processus qui n’ont pas les mêmes déterminants dans le cas général. Cependant, dans les zones de déprise agricole, d’anciennes haies peuvent devenir des lisières de boisements spontanés sur d’anciennes parcelles agricoles. Par contre, les pratiques de gestion des haies et des lisières par les agriculteurs semblent peu différentes, mobilisant les mêmes techniques et imposant les mêmes contraintes. Cependant, les statuts fonciers des haies et des lisières sont souvent différents et peuvent de ce fait induire des pratiques particulières selon les modalités d’interactions entre les acteurs concernés de part et d’autre. La compréhension de ces différences est nécessaire pour élaborer des projets de développement et d’entretien de ces infrastructures écologiques dans les paysages ruraux, dans la perspective de transitions agroécologiques, en tenant compte concrètement et précisément des besoins, mais aussi des contraintes, des gestionnaires et bénéficiaires de ces espaces. Du fait de leurs rôles écologiques similaires, les haies et les lisières forestières devraient être plus souvent envisagées de façon complémentaires. Elles sont de fait gérées conjointement par les agriculteurs qui appréhendent globalement l’ensemble des interfaces entre leurs parcelles de culture et d’élevage, et les espaces arborés, de haie ou de lisière. Deux recommandations sont proposées en conclusion : 1) mieux comprendre quelles sont les pratiques effectives de gestion des haies et lisières mise en œuvre par les agriculteurs ; 2) mieux cartographier conjointement les haies et les lisières dans les outils de planification écologique territorialisée.



























