Les Haies, un projet artistique en progression dans le paysage

 

 

Par Joel Auxenfans (artiste indépendant)

 

L'arrachage des haies depuis plus d'un demi-siècle a réduit le linéaire de cette typologie paysagère essentielle, la faisant passer de 2 millions de kilomètres à moins de 700 000, avec une perpétuation des arrachages malgré des replantations subventionnées. Ce sont principalement chez des agriculteurs qui par ailleurs abîment la biodiversité, la santé publique et les ressources par les épandages chimiques, que les aides servent à créer une carte postale mensongère alors que la pollution s'étend à grande échelle. C'est comme un tableau de paysage qui serait progressivement ruiné pour des objectifs purement quantitatifs et lucratifs, une sorte d'insensibilité et d'inculture technocratiques exerçant un pouvoir hégémonique. Dans ce contexte, le projet "Les Haies" prend lui appui sur des agriculteurs bio, des associations (Montagne en Transition, Terre de Liens), des collectivités (Tremblay les Villages), des institutions (Le Haras National du Pin), qui s'interdisent de polluer, avec la participation d'établissements scolaires (Lycée de Sées, Lycée de La Saussaye, Apprentis d'Auteuil), pour restaurer des linéaires de haies. Comme pour les restaurateurs de tableau ou de fresques, la restauration des tronçons de haies disparues, ou la création de nouveaux linéaires, dessine un nouveau paysage, et assume, montre sa contemporanéité par un code visuel clair, ici un changement d'essences d'arbres tous les dix mètres, assumant également que l'espace terrestre est désormais entièrement sous l'emprise des systèmes de mesure satellitaires ultra précis. Injecter de la culture et de la réflexivité dans le paysage, introduire du langage et de la sensibilité, de l'expérimentation, signifie que les Haies sont un aspect clé du changement historique de paradigme de nos sociétés : relocaliser les productions et les circuits courts de consommation, diversifier et expérimenter pour répondre au changements climatiques, ajouter du débat dans la question esthétique du paysage, rompre avec les automatismes et les normes non interrogées, faire des haies au sens générique un sujet de société, c'est à tout cela que travaille le projet "Les Haies", qui se développe en plusieurs régions en France et en Pologne et en Italie. Là où le projet cherche un échange avec le monde scientifique, c'est sur la question de la biodiversité et des essences dites "locales" alors que les conditions mêmes de la définition géoclimatique changent à grande vitesse et que toutes les plantes cultivées sont d'une manière ou d'une autre, comme les populations, le fruit d'un processus de migration, d'échanges, d'expérimentations depuis des milliers d'années. Que pourraient dire à ce sujet les chercheurs et l'INRA pour aider ce projet "Les Haies", qui, par-delà ses soutiens multiples, rencontre des crispations plus souvent dues à l'ignorance ou à des automatismes, à des fermetures, à des dogmatismes qu'à une vraie volonté de comprendre, de s'ouvrir à d'autres idées, d'essayer, de créer, dans un esprit de responsabilité partagé.

 

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